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14/05/2026

Le champ marinettien

Manifeste futuriste de Marinetti

Volonté de domination par la machine

« Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant, dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle aussi dans sa course. »

Le volant est ici un symbole de puissance prométhéenne :
l’homme moderne est défini par sa capacité à diriger des forces inhumaines.

 

Le champ pictural

Dans le manifeste futuriste, publié dans le Figaro le 20 février 1909, Marinetti déclare « Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant, dont la tige  idéale traverse la terre, lancée elle aussi dans sa course ».

Il est possible de prendre cette proclamation comme un fantasme de toute puissance, mais tout autant une expérience de pensée préludant à une hypothèse à caractère scientifique, du type de celle qu’Einstein fit en 1907 avec l’mage de l’ascenseur, cabine fermée en un état indécidable de chute libre ou d’accélération, comme opération  du principe d’équivalence entre gravitation et accélération. 

La loi de Newton est la conséquence de la chute de la lune sur la terre,  suspendue à distance, en raison de la fuite de la terre dans sa chute vers le soleil qui lui- même fuit vers un point de la nébuleuse etc.…

En bref il y a un trou vertigineux qui fait tenir le mouvement des planètes dans l’espace. Autrement dit c’est ce trou qui supporte le champ gravitationnel. Ce trou causal de la loi Newtonienne de la gravitation qui en même temps y échappe. 

Chez Marinetti, la  tige idéale relie deux mouvements, d’une part celui de la voiture fictivement satellitaire en son trajet, car elle suit localement la courbure de la sphère terrestre et d’autre part celui de la terre tournant autour du soleil. La tige comble l’écart, entre les deux mouvements. Autrement dit elle occupe la fonction du trou dans le système.

Marinetti dans son fantasme, bien qu’il ait la maîtrise du volant, se trouve au bord du trou vertigineux. Il est mis à l’épreuve du réel, hors corps, hors savoir.  

En quoi ce fantasme a-t-il la valeur d’une expérience de pensée ?

Pour répondre à cette question faut-il rappeler que Marinetti n’est pas physicien, il est peintre. Le point de vérité concernant son allégation ne relève pas du réel auquel s’applique la physique mais du savoir insu de l’artiste dont Freud tira la leçon de La Gradiva de Jensen. Il s’agit du réel lacanien qu’est la jouissance hors corps, du vivant.

Il s’agit donc du réel en jeu dans l’acte pictural. Dans la rencontre de l’énergie du geste et de l’inertie du support.

En cela on peut considérer que la pratique du dripping de Pollock fait écho au dire de Marinetti.

Celui-ci en effet effectue la rencontre de l’énergie du geste avec la gravité. A tel point que c’est un physicien, le professeur Robert Taylor qui a repéré la symétrie d’échelle d’un attracteur étrange dans les projections de Pollock.

Ainsi pourrait-on reprendre la déclaration de Marinetti dans sa valeur diagrammatique :

Le volant ; la maîtrise, le protocole du dispositif, la toile au sol et le tourner-autour de Pollock… / la tige : dans l’acte l’abandon de la maîtrise, l’éclipse subjective. / la course : le réel de la jouissance. 

Cette structure se retrouve dans l’expérience de griffonnage dont rendit compte Worringer dans Form Probleme der Gotic, 1911.

La perte de la maîtrise liée à la vitesse effectuée par le geste relevant « d’une volonté étrangère, une expression propre de la ligne », tel est  le constat de Worringer.

Ce qui chez lui équivaut au  suspens de la chute gravitationnelle, c’est l’arrêt fugitif sur le point de bifurcation du tracer de la ligne tendue comme une corde autour de l’axe virtuel de ce point.

En 1919 André Breton et Philippe Soupault se livrent à l’expérience de l’écriture automatique. Pour cela ils enregistrent la vitesse de production des images pour parvenir à la vitesse maximale dont l’effet  est l’étincelle métaphorique.

L’intitulé de l’expérience : Les champs magnétiques.

 

16:32 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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