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12/07/2007

A propos de ''Fracas sur les fractals'':

 

  Dans un article de Art News de février 2007 intitulé " Fracas over fractals ", Patricia Failings expose une controverse concernant l’expertise de trente deux petites peintures de Jackson Pollock retrouvées dans un placard.

  Le physicien Robert Taylor de l’Université de l’Oregon prétend que les peintures de la maturité de Pollock sont des structures fractales : " les empreintes digitales de la nature ".

  " Le dripping pollockien peut être aligné sur les mathématiques fractales , selon Taylor, parce qu’elles déploient une géométrie auto-répliquée sur plusieurs échelles : dans ces peintures les plus grandes formes répètent les formes minuscules créées par les contours des éclaboussures de la matière picturale. "

  Katherine Jones-Smith, une doctorante de la Case Western Reserve University de Cleveland apporte la contradiction à la thèse de Taylor, dans le magazine Nature, à partir de griffonnages faits avec le programme Photoshop. Ceux-ci figurent dans cet article de Art News. Ils auraient le même profil mathématique que les Pollock identifiés par Taylor.

  Il s’agit d’un semis de petits signes graphiques répétitifs, spontanément exécutés à différentes échelles. Néanmoins il n’y a pas cette convergence des formes vers ce qu’il convient de qualifier d’indécidable entre le hasard et l’effet du geste, qui fait l’objet du repérage de Taylor : les contours des éclaboussures.

  Par ailleurs, R.Taylor parle " d’empreintes digitales de la nature " et, dans un article du Monde de la physique de 1999 cité par Patricia Failing, il déclare que les peintures de Pollock résulteraient " de la distribution liée à la physique de sa motricité ". Ainsi semble-t-il méconnaître le fait que le peintre tournait autour du rectangle de la toile posée sur le sol. Celui-ci était par là contraint par le système symbolique des coordonnées cartésiennes : il orientait son geste. Il ne s’agit donc pas d’ " empreintes ", mais de la fonction littérale en bordure du réel (Cf., Lacan J., Lituraterre, in Autres écrits).

 

  L’assise de ce réel, c’est que la peinture de Pollock est l’effet d’une rencontre, le coinçage de deux forces, celle de la gravité et celle du geste du peintre. Dans le dripping le tact n’est pas celui du pinceau sur le support mais celui éprouvé du coinçage de ces deux forces. La consistance de l’inscription qui fait retour au peintre dans l’après-coup de l’acte, au sein de l’action, est l’effet de la rémanence de ce coinçage.

  Ainsi ce coinçage d’une subtile intensité, ce point de croisement du chiasme de l’élan et de la gravité recouvre en sa rémanence (la consistance de l’inscription) l’indécidable du clivage entre l’effet de l’aléatoire pluvial et celui du geste habité par la jouissance de l’acte. L’intensivité de cette faille, cette ligne de clivage, est l’appréhension de cette limite qu’est l’infini actuel soit le point qui excède l’étendue. C’est ainsi que la lecture de l’infini intensif, en la formation de la forme de l’éclaboussure coïncide avec celle de l’infini extensif du réseau en lequel se développent les figures gestuelles qui s'inscrivent sur le support ; ce qui fonde la constance d’échelle.

  Ce qui se donne comme le retour du vu sur le tact, est donc la torsion de la structure d’enveloppe du plan projectif soit celle même de la pulsion scopique (Cf., Lacan J., Le Séminaire, L. XIII).

  De là le regard, objet de la pulsion, dans le frayage de sa propre saisie par la lecture de l’infini en intension, fait retour sur le coinçage lui-même intensif (la subtilité du tact) en le haubanage de la gravité par le geste qui s’en trouve orienté. Ainsi ce retour du regard sur l’acte est la condition de la tension vers la symétrie d’échelle entre l’inscription du geste et la forme de l’éclaboussure à laquelle est donné le sens d’une vection vers l’infini.

  Autrement dit dans ce dispositif, la relation du sujet à l’objet regard (le frayage intensif) confère à la fonction du fantasme, dans la répétition de l’acte, la valeur d’une approximation numérique dont l’itération s’inscrit dans le plan complexe imageant un système dynamique. Et, c’est en cela que R. Taylor peut considérer que le dripping pollockien peut être aligné sur les mathématiques fractales.

  Il est enfin à remarquer que le réel du coinçage étant au principe du système, l’expérience de Jackson Pollock relève de la nodalité . Elle est ainsi corrélable avec l’expérience d’André Masson, dont nous avions fait l’analyse (Le retour à la ligne, in Psychanalyse et folie dans l’expérience surréaliste), de même que celle de Wilhelm Worringer dont notre analyse a, du reste, donné lieu à la réduction du dessin automatique au développement d’un attracteur étrange (in, Introduction à la nodalité dans l’acte pictural).

 

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